LA GRANDE ILLUSION
REALISATION SCENARIO DIALOGUES MUSIQUE DUREE
JEAN RENOIR CHARLES
SPAAK
JOSEPH
KOSMA
108 MINUTES 9 JUIN 1937


Jean Gabin ....  Lt. Maréchal

    Gaston Modot ....  The engineer
    Marcel Dalio ....  Lt. Rosenthal
    Pierre Fresnay ....  Capt. de Boeldieu
  Erich von Stroheim ....  Capt. von Rauffenstein
    Julien Carette ....  The showoff
    Georges Péclet ....  An officer
    Werner Florian ....  Sgt. Arthur
    Dita Parlo ....  Elsa
    Jean Dasté ....  The teacher
    Sylvain Itkine ....  Lt. Demolder
    Jacques Becker ....  English officer
    Albert Brouett ....  A prisoner
    Carl Koch
    Claude Sainval ....  Ringis
    Michel Salina


Pendant la guerre de 1914-1918, le capitaine de Boeldieu, officier de carrière, et Maréchal, un ancien mécano promu lieutenant, sont abattus avec leur avion derrière les lignes allemandes par le Commandant Von Rauffenstein. Conduits dans un camp de prisonniers, ils sont vite adoptés par leurs compagnons de chambrée mais tous ces hommes ne pensent qu'à s'évader par le tunnel qu'ils creusent chaque nuit; lorsqu'il est enfin terminé, les officiers sont hélas transférés dans un autre camp !

Le titre de ce film reprend littéralement celui d'un essai de Norman Angell, La Grande Illusion, paru en France en 1910 et ayant connu un succès mondial[1]. Renoir précisa qu'il avait choisi ce titre « parce qu'il ne voulait rien dire de précis ».

Ce film est l'occasion de peindre une galerie de portraits fortement typés, comme toujours chez Renoir (deux aristocrates, un titi parisien, un couturier et fils de banquier juif, un acteur, un instituteur, un ingénieur, etc.) lors de la Première Guerre mondiale.

Jean Renoir qui était dans le 3e escadron du 1er régiment de dragons sous les ordres du Capitaine Louis Bossut, sciemment ou non, a pris ce dernier comme modèle dans La Grande illusion pour le rôle du Capitaine de Boëldieu.

Cette époque, qui marque la fin de l'aristocratie, décrit les rapports de force et les affinités entre les différentes classes sociales au-delà des frontières et des conflits. La Grande Illusion n'est d'ailleurs ni un film d'aventures, ni même un film de guerre (il n'y a aucune scène de combat).

Il s'agit du premier film à traiter d'une évasion et fut une source d'inspiration de la Grande Évasion. Caractéristique assez rare, l'histoire ne montre aucun personnage négatif : combattants ou gardiens, les Allemands sont de bons bougres ; les prisonniers alliés font leur devoir avec conscience mais sans héroïsme excessif, Boëldieu excepté mais la chose est amenée de manière très vraisemblable et quelque peu péjorative (il est une relique du passé). Tels qu'ils sont présentés, les camps de prisonniers de 1914-1918 ne donnent pas l'impression d'un épouvantable enfer (au moins les camps d'officiers).

La signification du titre du film a longtemps suscité des discussions : la « grande illusion » s'applique-t-elle à la durée de la guerre, dont personne ne s'attendait à ce qu'elle soit si longue ? Ou concerne-t-elle les relations entre les personnages (le rapprochement factice des classes sociales par la guerre, l'entente entre aristocrates malgré le conflit de leurs patries respectives) ? L'illusion dont parle le titre serait celle des frontières, qui ne séparent pas des nations ou des territoires, mais qui sont avant tout sociales. Dès les premiers plans, les individus se reconnaissent : les deux aristocrates peuvent s'entendre malgré la guerre (ils fréquentent les mêmes lieux et parlent plusieurs langues avec facilité), et les deux ouvriers sympathisent en souvenir de leur passé (Maréchal emploie tout de suite un langage populaire pour évoquer l'usine dans laquelle lui et l'Allemand ont travaillé). Enfin, dans le dernier plan dans la neige, aucune image ne montre que la frontière suisse a été dépassée. Une troisième hypothèse voudrait que l'illusion soit celle de la « Der des Der » qu'évoque Maréchal, aussitôt contredit par Rosenthal. En effet le film date de 1937, alors que le nationalisme est à son comble et que l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933 laisse déjà présager une nouvelle guerre.

La Grande Illusion a tout de suite été considérée comme un chef-d'œuvre, probablement le meilleur film de toute la production française, non seulement en France mais aussi à l'étranger, y compris chez les Anglo-Saxons. Jusque vers 1970, il était toujours dans la liste des 10 meilleurs films de tous les temps.