LES MISERABLES

REALISATION ROMAN DIALOGUES MUSIQUE DUREE
JEAN PAUL
LE CHANOI
S
VICTOR
HUGO
MICHEL
AUDIARD
GEORGES VAN
PARYS
217 MINUTES 12 MAI 1958




Jean Gabin ....  Jean Valjean/Champmathieu /Monsieur Madeleine

Bernard Blier ....  Javert (père et fils)
Fernand Ledoux ....  Monseigneur Myriel
Edmond Ardisson ....  Un gendarme (as Ardisson)
Gérard Darrieu ....  Feuilly
Serge Reggiani ....  Enjolras
Bernard Musson ....  Un bourgeois
Danièle Delorme ....  Fantine
Jacques Marin ....  Le messager
Henri Coutet  (as Coutet)
Bourvil ....  Thenardier
Louis Arbessier ....  Le préfet (as Arbessier)
André Dalibert  (as Dalibert)
Édouard Francomme  (as Francome)
Madeleine Barbulée ....  Soeur Simplice
Gerhard Bienert ....  Le président du tribunal
Harry Hindemith ....  Un bagnard
Robert Bazil ....  Un commissaire (as Bazil)
Elfriede Florin ....  La Thenardier
Martine Havet ....  Cosette à 8 ans
Jean Murat ....  Le colonel Pontmercy
René Fleur ....  Le cardinal
Julienne Paroli ....  Madame Magloire
Béatrice Altariba ....  Cosette
Giani Esposito ....  Marius Pontmercy
Paul Villé ....  Basque
Lucien Baroux ....  Gillenormand
Suzanne Nivette ....  Mademoiselle Gillenormand
Christian Fourcade ....  Le petit ramoneur
Jean Ozenne ....  Le préfet de Montreuil
Silvia Monfort ....  Eponine
Isabelle Lobbe ....  Azelma
Jimmy Urbain ....  Gavroche
Pierre Tabard ....  Prouvaire
Jacques Harden ....  Courfeyrac
Laufer ....  Combeferre
Marc Eyraud ....  Grantaire
Beyert ....  Bahorel
Luc Andrieux ....  Un ouvrier
Henri Guégan ....  Un ami de l'ABC
Laure Paillette ....  La servante, rue Plumet (as Paillette)
Jean d'Yd ....  Le père Mabeuf
Émile Genevois ....  Le cocher de l'omnibus (as Emile Genevoix)
Favre Bertin ....  La 'mort'
François Darbon ....  Le médecin
Jean Topart ....  Récitant/Narrator (voice)
Pierre Moncorbier  (as Moncorbier)
Mag-Avril  (as Mag Avril)
Pierre Ferval  
Julien Maffre  
Jean Blancheur  (as Blancheur)
Rodolphe Marcilly  (as Marcilly)
Raymonde Vattier  
Palmyre Levasseur  
Paul Bonifas  
Arlette Patrick  
Marcel Rouzé  (as Rouzé)
André Wasley  
Pelletier  
Frank Morris  (as Frank Morriss)
Georges Atlas  (as Atlas)
Harold Conway 
Yvonne Decade 




En 1815, un paysan, Jean Valjean parvient à s'évader du bagne de Toulon où il avait été emprisonné pour le vol d'un pain. Hébergé charitablement par l'évêque de Digne, Monseigneur Myriel, il s'enfuit en emportant les couverts de son bienfaiteur. Bientôt repris par les gendarmes, il est relâché grâce au témoignage du prélat qui affirme lui avoir donné ces pièces d'argenterie auxquelles il ajoute des chandeliers. Le misérable va voler encore une pièce de monnaie à un petit savoyard, mais la parole de Monseigneur Myriel l'a troublé, et, repentant, il se promet de consacrer sa vie à faire du bien. Quelques années plus tard, un honorable industriel répand ses bienfaits sur la ville de Montreuil-sur-Mer. Il s'appelait autrefois Jean Valjean, il est devenu M. Madeleine. Le chef de la police, Javert, qui avait connu Jean Valjean à Toulon, soupçonne la véritable identité de l'homme que l'on vénère et commence avec lui le jeu du chat et de la souris. Le duel entre les deux hommes s'engage tout à coup, franchement, à propos d'une malheureuse prostituée, Fantine, que protège M. Madeleine. Cette Fantine, brisée par la maladie, est soignée à l'hôpital, et elle a une petite fille Cosette, qu'elle a confiée à un couple d'aubergistes, les Thénardier, établi à Montfermeil. Valjean / Madeleine jure à Fantine qui va mourir qu'il s'occupera de l'enfant. Il apprend qu'un homme a été arrêté à sa place, intervient au procès et révèle son identité. En dépit du danger d'être repris par Javert, il renouvelle à Fantine sa promesse, se hâte vers Montfermeil, retrouve Cosette l'arrache aux Thénardier qui maltraitaient l'enfant et l'emmène avec lui.
Des années ont passé: Cosette a dix-sept ans. Elevée par l'ancien forçat devenu jardinier sous le nouveau nom de Fauchelevent elle aime Marius, jeune étudiant acquis aux idées nouvelles, en est aimée. Marius qui aspire à la Révolution, comme ses camarades, habite dans une mansarde à côté de celle où logent les Thénardier, tombés dans la misère, dont la fille aînée, Eponine, n'est pas non plus insensible à la prestance du jeune homme. Or Thénardier a reconnu Jean Valjean dans la rue, il prépare un guet-apens, mais là encore Valjean arrive à s'échapper et, inquiet de sentir l'ombre de Javert peser sur lui, s'organise pour quitter Paris. Au cours de l'émeute qui suit les obsèques du général Lamarck et à laquelle participent Marius et son ami Enjolras, Javert espionne, sous un déguisement, les combattants d'une barricade. Un gamin, Gavroche, le reconnaît et Javert est mis hors d'état de nuire. Peu après, Gavroche qui était le messager de Marius auprès de Cosette est tué. Tuée également, Eponine qui avait voulu protéger Marius d'un coup de fusil. Pendant la bataille, Jean Valjean libère Javert et sauve Marius en le transportant avec lui dans les égouts. Javert qui a aidé Jean Valjean à ramener le jeune homme chez son grandpère, laisse libre celui qu'il recherchait si opiniâtrement. Estimant avoir reconnu ainsi le geste de l'ancien forçat, Javert va se jeter dans la Seine. Marius, libre et guéri, épouse Cosette. Jean Valjean lui révèle alors son identité. Marius lui demande de ne plus voir Cosette. Le vieil homme s'incline, vit en reclus. Thénardier croyant l'accabler et faire chanter Marius explique à ce dernier que le père de Cosette n'est qu'un assassin qui fuyait dans les égouts portant sur son dos un cadavre. Marius reconnaît alors son sauveur. Cosette et lui pourront recueillir le dernier soupir de Jean Valjean.





La plus fidèle adaptation du roman de Victor Hugo doit beaucoup à son exceptionnel casting. C'est la puissance angélique d'un Jean Gabin-Valjean face à la veulerie et à la sournoiserie d'un génial Bourvil-Thénardier qui hésita longtemps avant d’accepter ce rôle de grand méchant. C'est aussi la présence de comédiens très rares au cinéma : une des plus grandes tragédiennes de la scène, Silvia Monfort, transcendée par son personnage d'Éponine, va jusqu’à adopter les regards et la gestuelle du personnage décrit par Hugo avec « ses airs égarés et ses mouvements d’orfraie ». Elle fait face à un autre être d’exception, l’acteur-chanteur-poète Giani Esposito incarnant un Marius rêveur sans fadeur.
Le Chanois arrive admirablement à restituer les formidables déploiements dramatiques du roman. Danièle Delorme, poignante Fantine se sacrifiant par amour maternel, aux prises avec le redoutable Javert (Bernard Blier). Porté par le souffle hugolien, le réalisateur s’applique à retranscrire les cas de conscience de Valjean. Ainsi, respectant le poète, il illustre par une mer déchaînée l’admirable séquence de la « Tempête sous un crâne » de Valjean avant son auto-dénonciation au tribunal, puis son calvaire dans les égouts et enfin son symbolique et lent chemin de croix dans les rues du Marais autour de la demeure de Cosette (Béatrice Altariba) qui fut sa rédemption.
Avalanche de « gueules de seconds rôles » avec Serge Reggiani en Enjolras, Fernand Ledoux en monseigneur Myriel, Lucien Baroux en Gillenormand, Jean Murat en Pontmercy. Et même de troisièmes rôles comme Gabrielle Fontan en Mère Supérieure ou Madeleine Barbulée incarnant un signe salutaire du destin en « Sœur-Simplice-qui-ne-ment-jamais. »
Grâce à la coproduction avec les studios allemands de la DEFA, Le Chanois rend parfaitement l’ampleur des scènes épiques du roman : la bataille de Waterloo, l’insurrection et la barricade de juin 1832 (avec des figurants qui ne sont rien de moins que les soldats de l’armée de l’ex-RDA). Il effectue aussi un louable effort pour filmer en décor naturel lorsque l'action l'exige : il va dans le Var pour les séquences extérieures du bagne et tourne en plein Paris malgré les énormes difficultés que lui posèrent les antennes de télévision sur les toits de la capitale, notamment pour les séquences du Jardin du Luxembourg et des quais de Seine.
Il faut également mentionner la superbe composition musicale de Georges Van Parys avec la participation du chœur de la Chorale Populaire de Paris sans oublier la minutieuse reconstitution en studio, par l’artiste-décorateur Serge Piménoff, des quartiers parisiens du faubourg Saint-Antoine et du Marais. Un grand regret de Jean-Paul Le Chanois et sans doute des spectateurs : les chutes définitivement perdues des nombreuses coupes effectuées par les producteurs pour ramener la durée totale des deux époques à 3 h…