MELODIE EN SOUS-SOL
(colorisé)


REALISATEUR ASSISTANT SCENARIO DIALOGUES PHOTO MUSIQUE
HENRI VERNEUIL CLAUDE PINOTEAU ALBERT SIMONIN MICHEL AUDIARD LOUIS PAGE MICHEL MAGNE 19 MARS 1963

 
Jean Gabin ....  Charles
Alain Delon ....  Francis Verlot
Viviane Romance ....  Ginette
Charles Bouillaud ....  Un voyageur
Dora Doll ....  Countess Doublianoff
Maurice Biraud ....  Louis Naudin
Dominique Davray ....  Léone
Henri Attal ....  Le copain de Francis
Henri Virlogeux ....  Mario
Jean Carmet ....  Barman
Édouard Francomme ....  Marcel
Paul Mercey ....  Le cafetier
Bernard Musson ....  Le voyageur de Grèce
Anne-Marie Coffinet ....  Marcelle
José Luis de Villalonga ....  Mr. Grimp
Carla Marlier ....  Brigitte
Claude Cerval ....  Le commissaire de police
Jimmy Davis ....  Sam
Pierre Vernet 
Marc Arian ....  L'autre comptable
Jacques Bertrand ....  Le comptable de Grimp
Georges Billy ....  Un passager du train
Christian Brocard ....  Le livreur
Germaine Montero ....  Mme. Verlot
Rita Cadillac ....  Liliane
Adrien Cayla-Legrand ....  L'employé du casino
Pierre Collet ....  Camille
Jean-Jacques Delbo ....  Le chorégraphe
Jean Gold ....  Le maître d'hôtel
Alain Janey ....  Le barman de la résidence
Rudy Lenoir ....  Le caissier de Grimp
Sylvain Lévignac ....  Un passager du train
Michel Magne ....  Le chef du 'Palm-Beach
Antoine Marin ....  Un travailleur du train
Olivier Mathot ....  Le réceptionniste de la résidence
Laure Paillette ....  L'habilleuse
Henri Poirier ....  Un passager du train
Robert Rollis ....  Le représentant
Robert Secq ....  L'employé des bains-douches
Louis Viret ....  Un travailleur du train
Georges Wilson ....  Walther(Scène coupée)
Jean-Pierre Zola ....  Le client des bains-douches


À peine sorti de prison et revenu auprès de son épouse Ginette, Charles, un truand sur le retour, rêve déjà d'un nouveau gros coup. Son ami Mario a en vue un superbe hold-up, celui du Palm Beach de Cannes et, malade, en confie la réalisation à Charles, qui constitue alors son équipe : Francis Verlot, d'abord, jeune délinquant ambitieux et le beau-frère de celui-ci, Louis, un mécanicien qui sera le chauffeur de la petite bande. À Cannes, Charles organise le coup : il surveille au casino les allées et venues de M. Grimp qui, chaque soir, va déposer la recette des jeux dans un coffre, au sous-sol. Francis devra s'introduire dans l'établissement par les coulisses – grâce à Brigitte, une jeune danseuse qu'il a séduite –, monter sur le toit et descendre à la salle du coffre par un conduit d'aération. Mais le jeune homme n'est pas aussi docile que le voudrait Charles : jaloux de Brigitte, qui le trompe avec Walther, un riche soupirant, il se fait remarquer dans les salles de jeu et rate presque son passage sur le toit. Il réussit néanmoins à rafler un milliard de centimes, qu'il enfouit dans des sacs de plage. Le lendemain, la photo de Francis au casino s'étale à la une des journaux. Les deux truands doivent fuir. Ils jettent les sacs dans l'eau de la piscine; l'un d'eux s'ouvre et les billets remontent à la surface...



À la base, l'idée a été de Michel Audiard, inspiré par un roman américain, publié dans la Série Noire, qui portait le même titre : Mélodie en sous-sol. Audiard partage son idée d'adaptation avec le producteur Jacques Bar. Si, en partie la production était Franco-italienne, c'est la Metro Goldwyn Mayer (MGM) qui en a supporté la principale partie. Par rapport au scénario issu du livre, Michel Audiard n'a modifié, apporté, retouché que 25 répliques. Ces "petites" 25 répliques suscitent la surprise de la production qui pense avoir payé bien cher pour si peu. C'est en découvrant l'intégralité du scénario modifié par ces 25 répliques, qu'elle revient sur son avis, et statue sur le bon investissement payé à Audiard pour son travail. S'apercevant que les 25 interventions d'Audiard sont savoureuses.

Initialement, le rôle principal de "Monsieur Charles" est bel et bien prévu pour Gabin, et le reste. Le second rôle, celui de Francis, devait être pour Jean-Louis Trintignant. Alain Delon entend parler de la préparation du film, sollicite auprès de Jacques Bar pour obtenir le rôle de Francis Verlot, en lui disant : "Je veux faire ce film". Delon qui emportait alors, une certaine réputation, pour les films réalisés en Italie avec Visconti, rêvait de faire un film avec les vedettes du moment, les stars de l'affiche. Delon demandait donc un cachet, ce à quoi les Américains se sont opposés en disant : "S'il veut faire le film, qu'il le fasse gratuitement." À quoi Alain Delon a répondu ; Chiche ?. Delon a demandé, en échange d'avoir deux ou trois territoires de distribution. (Qui comprenait le Japon, la Chine et l'URSS). Une fois le film terminé, Alain Delon le fait sous-titrer en japonais, s'en va au Japon et trouve une distribution. Le film remporta un succès, Delon gagna beaucoup d'argent avec ses droits de production... Gabin n'en revenait pas et clamait que Delon avait alors gagné dix fois plus que lui !

Alain Delon avait une admiration sans borne pour Jean Gabin. Il était béat devant Gabin, non sans une affection filiale par rapport à Jean Gabin. Tout était bon pour plaire à Gabin. A l'époque de la réalisation du film, pour la partie tournée à Cannes, Delon demandait à être prévenu de l'arrivée de la voiture de production de Gabin, afin qu'il l'accueille dès l'entrée du studio. Les deux acteurs étaient toujours entre deux attractions, ce qui n'était pas sans tension. D'autant que les répliques arrangées par Audiard sont parfois "vachards" : - Gabin : "Quand tu m'avais dit que t'étais p't être un tocard, je ne t'ai pas cru, ben finalement, j'crois qu'c'est toi qui a raison. Faut jamais contrarier les vocations. La tienne c'est piquer des bicyclettes et baluchoner des chambres de bonnes."

Dans la scène de la chambre des coffres. Delon s'introduit en étant sur l'ascenseur, doit en descendre et tenir en respect les membres présents avec une mitraillette et doit faire ouvrir une porte blindée donnant sur l'extérieur, derrière laquelle Gabin, l'attend avec les sacs. Voyant que le subalterne n'obtempère pas assez vite, Delon le gifle violemment, conformément au scénario. Pour tourner la scène, afin de donner de la force à son mouvement de gifle, un gigot est suspendu juste dans l'axe du visage, à bonne hauteur, de Delon. Le mouvement et rotation de son bras est alors crédible ainsi que la force de la gifle, Delon n'a qu'à gifler le gigot. Ce n'est qu'au moment où la caméra, accompagnant son mouvement arrive sur le destinataire-réceptionnaire de la gifle qu'elle baisse son cadre, ce qui permet de ne pas avoir le gigot dans le champ. Dans la continuité, la scène suivante est l'ouverture de la porte blindée, permettant l'accès de l'extérieur, où Gabin, attend, de l'autre côté de la porte. En bon plaisantin, alors que la porte lui est ouverte, Gabin a tronqué les sacs pour une... casserole et des flageolets en disant : Où est le gigot ? J'ai les flageolets !

La plus "grosse" blague de Gabin durant ce tournage". En fin de journée, lors d'une scène importante tant pour le plan, mais aussi pour la logistique qu'elle implique. 300 figurants présents dans la salle, l'orchestre dirigé par Francis Magne, les Blue Girls sur scène. Gabin demande à l'assistant de réalisation, Claude Pinoteau de faire jouer la Marseillaise à la place de la mélodie du ballet prévue. Francis Magne s'exécute, pensant à une intervention volontaire d’Henri Verneuil. Lorsque le réalisateur demande donc, "moteur", le chef d'orchestre joue la Marseillaise. Quelques figurants, surpris se lèvent, dans le mouvement tous les autres suivent, au "garde à vous" devant l'hymne national. Verneuil furieux après Magne d'avoir joué cela, pensant à une blague de mauvais goût de sa part, ne saura jamais que la blague venait de Gabin. Le soir venu, Gabin confessa à Pinoteau : Suis pas fier, j'ai p'têt jeté le bouchon un peu loin...