VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS

REALISATION SCENARIO MUSIQUE DUREE
JULIEN
DUVIVIER
CHARLES
DORAT
JEAN WIENER 113 MINUTES 13 AVRIL 1956


Jean Gabin ....  André Chatelin

Danièle Delorme ....  Catherine
Lucienne Bogaert ....  Gabrielle
Gérard Blain ....  Gérard Delacroix
Gabrielle Fontan ....  Mme Jules
Robert Arnoux ....  Bouvier
Gaby Basset ....  Serveuse
Germaine Kerjean ....  Mme Chatelin
Robert Manuel ....  Mario Bonnacorsi
Alfred Goulin ....  Armand
Jean-Paul Roussillon ....  Amde
Robert Pizani ....  Le Président
Aimé Clariond ....  Pruvot
Michel Seldow ....  Gentel
Liliane Bert ....  Antoinette
Gérard Fallec ....  Gaston
Betty Beckers  
Liliane Ernout  
Catherine Fath  
Olga Valéry



Restaurateur réputé aux Halles de Paris, André Chatelin aide un étudiant en médecine, Gérard, qui est orphelin. Chatelin, lui-même, vit seul, jusqu'au jour où une jeune fille, Catherine, se présente à lui comme l'enfant de Gabrielle, l'ancienne femme d'André, qui vient de mourir. Le dimanche suivant Chatelin emmène Gérard et Catherine chez sa mère qui tient une guinguette au bord de la Marne; très méfiante, Mme Chatelin voit d'un mauvais ceil l'intrusion de Catherine dans la calme existence de son fils, mais Catherine avec habileté parvient à s'installer dans le restaurant. Or, Gabrielle n'est pas morte, mais droguée à l'extrême, elle a ourdi avec sa fille un plan pour mettre Chatelin à leur merci. Catherine va viser un double but : évincer Gérard et se faire épouser par André. Malgré la méfiance de l'intraitable Mme Chatelin elle arrive à faire se brouiller les deux hommes qui en viennent aux mains et à devenir l'épouse du restaurateur. Pourtant des indices poussent celui-ci jusqu'à l'hôtel où croupit Gabrielle et il la reconnaît. Catherine va alors tout mettre en oeuvre pour précipiter ses agissements. Chatelin amène pourtant la jeune femme à sa mère, qu'elle défie et qui la rosse avec le fouet dont elle se sert pour tuer les poulets. Catherine appelle alors Gérard à l'aide. Mais quand celui-ci arrive, il comprend le jeu odieux de la fille et veut la confondre. Catherine parvient à lui faire absorber le narcotique destiné à Chatelin, puis à le précipiter dans la Marne avec sa voiture. C'est le chien de Gérard, rescapé de l'accident, qui met fin à ces horreurs; il égorge la jeune femme dans la chambre de l'hôtel où gît toujours Gabrielle. Chatelin arrive pour constater la fin des deux monstres.


On a beaucoup écrit sur le pessimisme de Julien Duvivier et sur la noirceur de ses films: celui-ci en est peut-être la quintessence.
La superbe photo noire, blanche et grise d’Armand Thirard nous plonge dans un univers crépusculaire, sinon sépulcral. Duvivier ne nous montre jamais le soleil, mais un vague lampion vaincu par les ombres. Ses protagonistes s’agitent en une saison moribonde, une espèce de torpeur humide comme celle qui stagne autour des eaux marécageuses ou pourrissantes des égouts, alimentées par les fluides animaux, viscéraux, écoulés depuis les Halles de Paris, ventre agité de luttes intestines et carnassières. C’est une vision saisissante de l’automne de la vie avant que les ciseaux machiavéliques des harpies Catherine, Gabrielle ou de la mère Chatelin (et son fouet à sorcières, scène d’anthologie) n’achèvent leurs destruction et autodestruction. Elles taillent en pièces le roc Chatelin-Gabin, celui qui donnait à manger sans trop savoir pourquoi (parce qu’il faut bien vivre, vaille que vivre) et font un sort à Gérard, incarnation éphémère d’une fragile jeunesse et d’un possible futur.

Il faut rendre hommage à Duvivier pour son choix de tourner en décors naturels. Il restitue admirablement la vie grouillante des anciennes Halles, sur fond des non moins admirables pavillons Baltard anéantis par d’autres démolisseurs, destruction dont Paris porte encore les stigmates plus de 30 ans après leur disparition. Les rares instants animés d’un semblant de chaleur humaine sont les séquences d'ensemble au restaurant et à la guinguette des Chatelin, scènes que Duvivier évite de transformer en iconographie parisienne. Des personnages magnifiquement dessinés, dans l'humanité comme dans la noirceur, une excellente histoire et un très intelligent scénario font de ce film l'un des meilleurs de Duvivier.