Anges et démons



Et l’on retrouve son oreiller

Avec la même volupté
Mais depuis quelques temps
Il y a plus de photos qu’avant
Les souvenirs se mélangent
Comme les démons et les anges
L’âge m’a donné trop d’images
Qu’est devenu le petit garçon sage ?

Celui qui vivait à Viry
Et qui fuguait de Montlhéry
Qui frimait pour une Dauphine
Ou une Simca rouge en ruine
C’est des visites nocturnes
Près d’une maman endormie
L’interdit que l’on contourne
Pour un petit câlin de nuit

Que deviennent les enfances
Dans lesquelles on se voit .
La Bretagne, la Provence
Dans ma mémoire se noient
La fessée, la seule, l’unique
N’assombrit point ce passé
C’est une rime poétique
Pour mon papa adoré

J’adore me souvenir
De départs en pleine nuit
Et m’imaginant conduire
La belle Opel bleu -gris
Des jardins de Villeneuve
À la mer de Saint-Aubin
Qu’il neige ou qu’il pleuve
Y'avait pas de lendemain

Pour un frère disparu
Combien de coups au cœur ?
Et d’amourettes déçues
D’une colo de couleur
Le mont Blanc descendait
Jusqu’au bas du chalet
Et le soir on cachait
Des grenouilles dans le bidet

Des montagnes de Megève
Aux dunes de Vendée
L’enfance n’est qu’un rêve
Qu’on adore retrouver
Je dois trier tous les soirs
Une époque, un bout de mémoire
Avant nous étions des gamins
Nos souvenirs tenaient dans la main

Là ils arrivent à profusion
À choisir celui que nous élisons
Le plus beau, qui sait, le plus vrai
Pour tout l’avenir qui s’ensuivrait
Alors on danse pour des vacances
Aux bains de Villard de Lans
On passe sa deuxième étoile
On fait de la luge et de la voile

Certains étés on reste seul
Loin de tout, un peu perdu
Avec une vieille, très vieille aïeule
Qui nous aime d’un amour éperdu
C’est une fuite en vélo
Pour rejoindre une grand-mère
Retrouver une photo
Posée dans un cimetière

Ma liberté est un donjon
Au milieu de la Vienne
Les rois et reines d’Apremont
Attendent que j’y revienne
On se souvient du régiment
Et des amis qui n’en sont pas
C’est à Mont-Louis au printemps
Qu’on est un homme et un para

Les longs couloirs de Garaison
M’ont dégoûté pour l’éternité
De la foi et de ses oraisons
Qu’on inculque aux écervelés
Il y a des campings de Bavière
Que j’ai du mal à digérer
Et une villa dans Bernières
Que je n’ai jamais oubliée

Toutes ces maisons un peu partout
Tous ces copains nouveaux à refaire
La clé de tout est -elle en nous ?
Doit-on s’en foutre et ne rien faire ?
Tout me ramène à ce bleu lumineux
Que j’ai rêvé jusqu'à le toucher
Un corps chaud d’amour dans le milieu
Qui s’endort en aimant un vieil homme usé

Christian Goutte