Au zénith



Le soleil est au zénith, le ciel immaculé

On est à Nîmes, Pampelonne ou Mont -de -Marsan
Les tribunes se remplissent rangées après rangées
De calicots dorés, d'oriflammes couleur sang
Le décor est planté, on attend les chevaux
Parés de jupes bariolées et de tulle blanc
Et les picadors cachés sous leur chapeau
Haranguent et saluent les travées de devant
Il y a de tout dans les tribunes, mais peu d'enfants
Comme s'ilsattendaient déjà ce qui les effraie
Les femmes sont à foison, cuisses et seins devant
Espérant en secret une odeur de sang frais

Une beauté incroyable surgit dans cette arène

Elle doit bien peser cinq ou six cents kilos
L'évolution parfaite, la beauté faite reine
Venue de la Camargue ou encore de Bilbao
L'enceinte s'est remplie, on approche de la curée
Arrive la musique, les cuivres et les tambours
Couvrant à peine la voix des femmes enervées
Attendant impatientes et comptant à rebours...
Il s'agit bien d'elles vous aviez deviné
Le corps, déjà, possédé des frissons
Est-ce bien les mêmes que nous aimons timorés?
Est-ce bien les mêmes que nous aimions à passion?

La torride chaleur attise leur désir

Elles se retrouvent seules, confrontées à l'ivresse
Un goupillon d'homme leur donnerait moins de plaisir
Que cette mort en marche et cette foule en liesse
Les premières traces rouges déjà se manifestent
Le taureau peu à peu laissant de sa vigueur
Les femmes en transe sous ce plaisir funeste
Écartent leurs cuisses sous l'effet de la chaleur...
Elles se rappellent d'un orgasme adolescent
Avec le même dégoût qui leur fit si peur
Mais aujourd'hui bravant le pire de l'indécent
Elles jouissent par centaines devant l'équarrisseur

Mais nous  en sommes encore qu'aux préliminaires

Alors que du sang chaud descend de l'échine
Multipliant par mille la chaleur des ovaires
Quand l'odeur fade se mélange à la cyprine...
Une tapette déguisée, une dague à la main
Et bandant à moitié pour ces femmes excitées
Va plonger dans le cou de l'inanimé bovin
La tradition séculaire des lames acérées
Quand la bête magnifique tombe à genoux
Et que le sable absorbe à peine son sang bouillant
Elles aimeraient sûrement toucher leur sexe doux
Leurs rappelant sans doute un ancien amant
On emmène un corps qui fut beau et majestueux
Alors que des femmes descendent des gradins
Réajustant leur robe, remaquillant leurs yeux
Avec un peu de sang qui jaillit de leurs seins...

Christian Goutte