Chevaux de mémoire



Les écuries se tenaient  plus haut

Près du manège et des barres en bois
La route menait ensuite au préau
Ou j’ai pleuré de nombreuses fois

Ils se tenaient tous côte à côte
C’était leur place pour l’année entière
Les piles de paille un peu trop hautes
Tapissaient leurs sabots de litière

Je me rappelle de tous leurs noms
D’un regard, d’un chanfrein coloré
Rien n’explique la déraison
De l’inutile fidélité

Quand on rentrait de promenade
On les amenait s’abreuver
En se méfiant des vives ruades
D’un Charmeur un peu énervé


Y’avait Rafale et Aramis
Et puis Flika et puis Furieuse
Cybelle et sa robe si lisse
Et une Gypsie tellement vicieuse

La kermesse se tenait en mai
Elle se préparait longtemps avant
On s’faisait beaux, on défilait
Devant la plupart des parents


Magnifique, Urus paradait
Comme Athos, le fier andalou
Anonymes les autres suivaient
Habitués nonchalants au licou

J’étais bien jeune, je n’le suis plus
Présents que dans mes souvenirs
Ces chevaux à jamais disparus
Ont marié mon chagrin au plaisir

Christian Goutte