Deux siècles après



Je ne reconnais plus rien

De toutes mes vies d’avant
Y’a plus de chats, plus de chiens
Plus de campagnes ni de torrents

Y’a des milliards de gens debout
Et des visages qui sont pareils
Y’a des lasers à la place des roues
Et un brouillard voile le soleil

Les machines des siècles passés
S’entassent au milieu des lagunes
Les gosses s’amusent à les démonter
Pendant qu’leurs pères filent dans la lune

Quand arrive l’heure des étincelles
Des hommes que l’on dirait armés
Séparent les laides des plus belles
Pour des mariages arrangés

Des femmes sans âge tuent les enfants
Qui sont malades ou différents
Les plus forts sont envoyés au front
Des nouvelles guerres de religion

On n’écrit plus, on raconte rien
Qui va me dire d’ou je reviens ?
Les livres peuplent les musées
La culture leur est perfusée

On n’aurait pas du mais c’est trop tard
Abandonner les belles illusions
Y’avait des hommes, des hommes si rares
Qui ont tué nos civilisations

Laissez-moi faire un pas en arrière
Revenir quelque part dans le temps
Où sous le cyprès d’un cimetière
Je pleure sans fin mon amour d’avant.

Christian Goutte