Fapoum





C'est une longue route entourée de maisons grises
Les unes contre les autres, unies dans la grisaille
Venant d'une autre ville toute aussi imprécise
Perdue dans le désert de cette avenue pierraille

Quelques bâtisses fades s'unissent contre le vent
Mélangeant leurs perrons leurs fines cheminées
Si on prête l'oreille, dans le lointain on entend
Un train rapide filant vers de doux alizés

Une façade quelconque retient mon attention
Ni plus laide qu'une autre, plus jolie peut être
Je me souviens d'un coup ces douces intentions
De ce passé récent que je ne peux méconnaître

Une porte de garage s'ouvrant sur des bricoles
Qui lui même donne accès sur un jardin jauni
Ou trainent ça et la mile et une babioles
Comme celles d'un enfant que l'on aurait puni

    Sur ce gazon limé s'ouvre une sorte de salon
Décoré tardivement d'un papier jaune sale
Au dessous d'un canevas sans âge, une télévision
Douce amie permanente, amour presque filial

Quelques meubles se perdent dans le silence
Tandis que la pendule égrène les minutes
Comme c'est simple de penser à l'absence
A l'inutilité vaine de la dernière dispute

Quand tombe le soir sur cette demeure sans vie
Et que la chambre voisine vide mais contigüe
Une femme amoureuse sanglote sur son lit
Pour un homme disparut qu'elle ne reverra plus

Christian Goutte