J'avais quinze ans



Je me souviens de tout, sauf d’avoir grandi

Sont passées les années sans le moindre répit
Cachées en arrière de ce grand rideau noir
Les ailes d’un oiseau ensoleillent ma mémoire

J’avais quinze ans, amoureuse et jolie
Ou sont passées ces délices d’après-midi ?
Quand les pennes d’un oiseau canari
Essuyaient les larmes de la femme que je suis

Je l’appelais Pioupiou, comment faire autrement ?
On baptise ce qu’on aime du prénom d’un enfant
Il était là libre me fixant tendrement
Pleurant avec moi sur mes rages de dents

Il était vous savez, un peu comme un ami
Les copains perdus sont les seuls qui vous restent
Quand la mémoire offre dans un dernier geste
Le souvenir doré d’un oiseau  paradis

J’avais quinze ans, douce et peureuse
Des cris de mon  père que j’aimais
Et quand je voyais des choses hideuses
Il câlinait l’ado timorée que j’étais

J’étais heureuse de rentrer du lycée
Retrouver le seul copain que j’avais
C’était du temps volé en aparté
Au milieu de mes mains, il se lovait

Les oiseaux sont des proies faciles
Pour des félines un peu sauvages
Les larmes coulèrent noyant mes cils
Enlaidissant tous mes beaux paysages

Je me souviens de cette toute petite chose
Qui embellit mon cœur quand je vais mal
Un souvenir, un seul, nous rend moins morose
J’avais quinze ans et un tout petit animal…

Christian Goutte