La mère de l'autre



Aride et revêche, elle parait bien cent ans
Le cœur et l'âme si rêche à griffer jusqu'au sang
Les rides ont tant creusé ce visage impassible
Qu’elle paraît fatiguée d’amours impossibles

Elle se souvient parfois, noyé dans une brume
De mots à demi-voix auxquels on s’accoutume
Mais sa vie est passée, elle s’est retrouvée là
Sans le moindre baiser d’un homme et ses bras

Alors comme une rancune de ne plus rien avoir
Elle et elle ne font qu’une comme la lune fait le soir
Elle fustige, elle critique, les amis, la famille
C’est un peu l’arsenic qu’à son tour elle distille

Une forme indécise assiste sa vieillesse
Perpétuellement assise sans la moindre noblesse
Ça picole du soda à roter son ennui
Attendant le mandat de son p’tit RMI


Alors la vieille a craqué, elle ne veut plus rien
Juste être accompagnée d’un ou deux petits chiens
A prier tous les saints et puis tous les apôtres
Qu’elle n’ait fait ce chemin pour être mère de l’autre

Christian Goutte