La photo



On peut voir une femme s’éloigner de dos

Dans une allée bordée d’arbres millénaires
Elle est vêtue de noir et elle pousse un landau
Le tableau ne dit pas s’il est bleu, gris ou vert

L’œil a tout vu mais qu’à compris notre esprit?
La photo est bien belle quoiqu’un peu ancienne
On peut se demander ce qu’est devenue sa vie
Faut il vraiment que les souvenirs reviennent?

On l’a voit plus très jeune promenant un enfant
Mais seule et de dos nous raconte le cliché
Pas la moindre trace d’un papa, d’un amant
Ou alors c’est lui qu’est derrière le trépied?

On imagine qu’elle convoitait depuis longtemps
La poussette, la layette et ce qui va dedans
Qu’importe après tout qu’elle soit mariée ou non
Peuvent venir et rester, les étés, les saisons

A moins d’abandonner nos dernières illusions
On peut parier sans risque de se tromper
Que le bébé qui dort la à poings fermés
Restera à jamais sa seule admiration

Peut être connaissons-nous ce poupon dormeur?
Une copine de boulot, une banquière inconnue?
Extraite d’un tableau d’une photo de bonheur
D’un si doux passé qui ne reviendra plus

Tu es la immobile sur du papier glacé
Laisse-moi entrer dans la photo petit bébé
Dormir sous le regard d’une maman aimante
Et posé là tout près d’une sœur attirante

Christian Goutte