Le fruit défendu


T’inviteras-tu trop près de ce fruit défendu?

T’en approcheras-tu au point de le toucher?
Alors que tu ne l'a qu'un instant entrevu
Et ne voir que lui dans ce vaste verger?

Ne sens-tu pas aussi les melons, les pastèques?
Avec il est vrai les pépins qui vont avec
Regarde bien ces groseilles, on dirait des camées
Qui s’uniraient bien mieux au bleu-vert de tes yeux

C’est vrai que c’est si loin ces soirées, ces tapis
Les coupellent débordaient de myrtilles, de goyaves
Tu craquas t’étais jeune sur une c’rise à l’eau de vie
Mais ce fruit la ressemble aux piquants d’un agave

On se plaît à goûter ce muscat qui déborde
Les chasselas gorgés de jus glacé et fertile
Ces délices sucrés dans lesquels on veut mordre
Ces pommes d'un amour vermillon que l’on distille

Je comprends bien  ton goût pour les douceurs
Mon fruit défendu est ton abricot trempé
Dont le jus si sucré fait chamade mon cœur
Mon joyau personnel sur une peau blond-doré

Tu connais comme moi le caprice des saisons
Les cerises de juillet ne sont plus en nivôse
Que les souvenirs cuivrés dont on oublie le nom
Comme on oublie  la vie, on oublie les choses

Regarde bien ma boudine, ce jardin de délices
Tu trouveras un châtaigner encore bien vert
Son écorce est rugueuse mais en dessous se glisse
La sève ardente qui consumera tes froids hivers

Christian Goutte