L’enterrement du grand-père

Un jour d’avril 1970 je fus d’enterrement. On mettait en terre dans un petit village de la Vienne mon grand-père paternel que j’avais peu vu dans ma courte vie.
Ma grand-mère l’ayant quitté assez tôt dans sa vie et lui-même ayant refait la sienne, je ne le vis que quelques fois.
Mais mon père devait être présent et comme il n’était pas question de me laisser seul à la maison, je fus du voyage.
Je connaissais quand même l’endroit et surtout le donjon attenant à la maison du défunt pour l’avoir escaladé quelque fois avec mon frérot, on avait une vue splendide d’en haut et on dominait jusqu’à Loudun !
Les quelques jours qui suivirent,  je fus laissé à mes occupations, les adultes avaient les obsèques à préparer et comme c’était un ancien combattant y’avait pleins de démarches à effectuer, donc du temps de libre pour moi.
Au hasard de mes balades dans les dépendances de la grande maison, je revis les clapiers où une fois ma grand-mère (je l’appelais ainsi) avait en moins d’une minute, tué et dépecé un lapin qui s’était retrouvé coupé en morceau, prêt à cuire en moins de temps qu’il ne faut pour le dire !Je continuais ma visite et poussé par la curiosité, j’entrais dans une sorte de remise où étaient entreposées des tonnes de choses.
Il y avait des pommes de terre pour mille ans, des centaines de gousses d’ail, des oignons etc.
Mais il y avait surtout deux magnifiques cyclomoteurs qui dataient de l’après-guerre et qui n’avaient pas dû tourner depuis une dizaine d’années.
Sur le guidon il y avait plusieurs manettes. Les freins évidement, et deux manettes plus petites, l’une était le starter et l’autre le décompresseur. Je ne connaissais évidemment rien de tout cela et je m’échinais toute la journée à pédaler sur celle qui me semblait la plus récente. Pour moi c’était simple, je devais appuyer sur le starter et la poignée d’accélérateur pour démarrer la machine. Mais elle ne démarra point.
L’inhumation arriva et après la cérémonie, mon père qui avait bien vu sans me le dire que je m’étais usé les semelles sur les pédales me montra comment démarrer sans me fatiguer.
En fait il fallait décompresser ! Au bout de quelques secondes, le cyclo démarra dans un nuage de fumée et mon père m’autorisa à  faire un tour, c’était une première pour moi, jusqu’à présent je n’avais fais que du vélo.
Assez vite je sorti du village et alors quel sentiment de liberté et d’ivresse je ressentis à ce moment là. Le soleil qui se couchait, le vent dans mes cheveux, pas de casque évidemment et dans les rétro la tour de Moncontour qui s’éloignait…

Un enterrement est souvent quelque chose de triste, ce fut pour moi le plus beau jour de ma jeune vie.
Je revis ma grand-mère quelques années plus tard lors d’une visite solo que je lui fis, elle me reçut magnifiquement et j’en garde un souvenir ému.
Depuis le temps elle a rejoint son compagnon. Lors d’un séjour au cimetière il y à deux ou trois ans, je n’ai pas retrouvé leur tombe.

Christian Goutte