Lettre à l'autre


Sûr que tu ne viens pas du même coin

Et que ton histoire ne t’aide pas
Mais elle aussi arrivait de loin
Pour à vie, se blottir dans tes bras

De Pologne au fin fond de Faro
Tous vos aïeux conçurent des enfants
Espérant que les leurs et leur peau
Finiraient un jour différemment

Alors reconnais-tu avec moi
Que tes excuses ne valent rien?
Et que souvent le respect de soi
Est une femme à laquelle on tient

Je sais que tu n’as rien vu venir
Sans doute non plus n’as-tu rien compris
Vivre ensemble devrait être un désir
Et certainement pas une tyrannie

Dès le début tu donnas des ordres
Et elle douce aimante ne disait rien
Car tu sais que l’amour qu’elle t’accorde
Est vraiment tout autre que le tien

Puis vinrent la maison et les enfants
Et les câlins que tu ne fis pas
On ne montre pas ses sentiments
Ce sont les homos qui font ça

Et les longues années se sont écoulées
Où elle aura tout fait pour te plaire
Je crois qu’elle est bien désabusée
Et toi, perdu, tu n’sais plus quoi faire

Etonné même qu’elle ne t’aime plus
T’en es venu bien vite aux insultes
Et les beaux enfants que tu as eus
Un jour aussi seront adultes…

Elle n’aura été qu'une petite chose
Comment à-t-elle pu bien te choisir?
Comment le miroir d’une si belle  rose
Peut-il à ce point se dépolir?

Et le pire de l'histoire tu sais quoi?
C'est qu'elle restera toujours  fidèle
Pour les souvenirs qu’on a en soi
La rancune est vraiment infidèle

Christian Goutte