Le bal des autres




J'aime les cimetières adossés aux vieilles églises
Où les tombes inertes et tous leurs crucifix
Attendent en silence et offertes à la bise
La fermeture des grilles et l'aubade à l 'oubli

Quand le dernier bigot tournera le regard
Et que malheureux il rentrera chez lui
Se lèveront alors les feux follets hagards
Allumant les bougies et appelant les esprits

On entendra grincer les dalles marbrées de noir
Mues par l’ethnie mortifère gardienne des lieux
Elles s'ouvriront découvrant l'ultime reposoir
De ceux qui un jour furent les invités de Dieu

Quand les bronzes du clocher tinteront deux ou trois heures
On papotera dans les allées, sur les murets
On sourira sans façon sur ce qui se meurt
Et des peaux diaphanes qui couvrirent nos osselets

Par centaines ils évoquent leur tout premier désir
Sur le passage furtif de l’autre côté du mur
Les femmes en noir on levé leur jupes et s’admirent
Pendant que les hommes soliloquent sur le futur

On attend un enfant pour un autre demain
Il est là quelque part à rire et s 'amuser
Ne sachant pas encore qu'ils vont tendre la main
Et changer sa vie vaine en vie d'éternité

Certain regardent avec sourire la route s’élever
Et redescendre ensuite par des virages glissants
Toutes ces belles familles, toutes à moitié étêtées
Qui rejoignent en dansant le bal des gens d’avant

Avec un peu de chance des nuages vont se former
Arrosant les esprits de parcelles d’étoile d’or
Qui parsèment ensemble l’invincibilité
Qu’envient les êtres vivants à leurs parents morts

Ils ont oublié la haine et la jalousie
Préférant la tolérance et l’humilité
Accueillant tous les nouveaux avec l’empathie
Que seuls connaissent  les fantômes des époques passées

Les lueurs de l’aube noire commencent à  percer la nuit
Les sons que vous n’entendez pas vont s’atténuer
Les danseurs vont rejoindre les boites noircies de suie
Sans jamais que vous sachiez qu’ils ont existé


Christian Goutte