Mauvaises pierres


Le 20 juillet 1969, vers 21 heures , le module lunaire d’Apollo XI se posait sur la lune. Je m’en souviens parfaitement bien, nous étions, toute la colonie et moi-même sur un petit îlot de l’Allier à  Lavoûte-Chilhac, délicieux village de la Haute- Loire , en train de fêter l’événement. La rivière coulait juste en contrebas de l’école qui servait de colonie pendant les mois d’été.
Nous n’avons eu droit, grâce au transistor du moniteur qu’à l’atterrissage du module, le premier pas d’Armstrong devant intervenir trop tard dans la nuit pour que nous puissions y assister.

Mais je me souviens de cette colo pour bien autre chose. Elle aurait pu me marquer pour les courses de voitures organisées par le directeur dans la cour même de l’école ou des ballades dans la montagne auvergnate où nous cueillons des myrtilles à s’en faire exploser la panse ou des nombreuses vipères que j’ai vu cet été là et que les monos,  stupides, tuaient à coups de pierres.  En fait, je m’en souviens pour tout autre chose.
Durant une bonne partie du séjour, nous allions à la place des ballades, travailler dans une sorte de château en ruine et nous trimbalions de grosses pierres toutes la sainte journée, du haut de mes douze ans je trouvais ça étonnant mais à cet âge-là on exprime que très rarement ses  impressions et donc, comme la plupart des copains je me taisais et je bossais.
Il fallut attendre quasiment la fin juillet pour avoir le fin mot de l’histoire. Les moniteurs nous réunirent et nous demandèrent de ne rien raconter à nos parents respectifs sur ce que nous avions fait d’inhabituel pendant le séjour.
Bien évidement, dès la descente de l’autocar la plupart des parents étaient au courant…Ce n’est que bien plus tard, que je sus ce qui s’était passé.

Des plaintes avaient bien sur été déposées et une enquête diligentée.
Plusieurs moniteurs avaient fracturé les portes d’un château en ruines et avaient volé des objets de valeur. Le propriétaire des lieux leur avait mis le marché en main : Soit il portait plainte, soit, comme la main d’œuvre coutait cher, il s’abstenait si les enfants de la colo venaient travailler pendant quelque jours….Je ne sais pas s’ils furent jugés ou condamnés. Il faudra un jour que je repasse dans ce coin, l’école doit toujours exister.

Christian Goutte