Seul sur Seules





C'est une cité perdue adossée à une plage
Avec des maisons blotties le long d'un rivage
Deux ou trois milers d'âmes, mais pas d'avantage
Et un soleil palot maquillé par les nuages

Une croix de Lorraine immense domine les faîtages
Dominant, superbe, les marais du bocage
Gardienne immortelle de batailles d'un autre âge
Quand des jeunes d'ailleurs moururent en abordage

Un petit port abrite des bateaux au mouillage
Prêts à voguer vers de somptueux voyages
Les marins-pécheurs suivent le chemin de halage
Qui les mène transis vers des utiles pouliages

Il y a des hivers où la tempête fait rage
Entraînant avec elle de tristes naufrages
Des hommes et des femmes partent en sauvetage
Bravant les éléments avec force et courage

On peut quitter le bourg par deux ou trois virages
Et retrouver aussitôt de verts pâturages
Ou des vaches colorées broutent herbes et feuillages
Pour nous donner plus tard de délicieux laitages

Il y a bien sur aux alentours d'autres villages
Un surtout ou vécu une amie de passage
Adolescences bien heureuses pour enfants sages
Quand rien ne distille de malheureux présages

La digue déserte s'offre à des gens sans âge
Venus jusqu'ici par deux ou trois péages
Acquérir à crédit un bout de côte sauvage
Qui reviendra au fils lors de son mariage

Je vois passer des fois de merveilleux plumages
Les avions blancs brillants qui filent vers Carthage
Un jour moi aussi je suivrai leur sillage
Pour voir d'en haut ce si joli coloriage.


Christian Goutte