Vingt-trois ans après


La Grande Armée n’en pouvait plus
Et les soldats cherchaient transis
Le bout de pain d’un homme fourbu
Qui venait de perdre la vie

Les chevaux, ah, leurs chers chevaux
Dont ils ouvraient honteux la panse
La bête offrait viande et boyaux
Pour que les hommes puissent faire bombance

Le souvenir d’épouses, d’enfants
Dont ils oubliaient les prénoms
Les poussait encore en avant
Là-bas jusqu’à l’horizon

Depuis le temps des pyramides
Et d’Aboukir à Marengo
D’éclatants devenus livides
Dans le bourbier sans nom d’Eylau

Mais ce jour-là un bruit courait
Dont ils ne croyaient pas un mot
Comme si un Dieu apparaissait
Au beau milieu de leurs mille maux

Mais la rumeur s’entêtait
Bien au-delà des bataillons
Certains déjà imaginaient
Comment était Napoléon

Maintenant tout le monde savait
Qu’un empereur et ses maréchaux
Sortaient à peine de leur palais
Pour la tuerie de Waterloo

Et vingt-trois ans après Toulon
Dans cette plaine de Wallonie
On cru entendre quelques chansons
Au beau milieu de corps meurtris

Christian Goutte