Vel d'hiv




Le documentaire montrait des images anciennes
Qu’un homme équilibré ne pourrait pas comprendre
Les pratiques sans amour que l’on dirait païennes
Qu’aucune personne aujourd’hui ne saurait défendre

Il évoquait abrupt les fous de l’écriture
Ceux qui par jalousie, aigreur ou méchanceté
Écrivaient sans vergogne à la kommandantur
Pour cafter le voisin ou l’ami d’à côté

Oh bien sûr, la période était noircie de sombre
Beaucoup pensaient qu’elle durerait éternellement
Et qu’à jamais la paix survivrait aux décombres
Que le Français mourrait au profit de l’Allemand

Alors la lie profonde de l’humain ressortait
La scolopendre abjecte de futiles rancœurs
On postait sans signer, la milice débarquait
Et là des vies entières basculaient dans l’horreur

On a tous vu ces enfants grimper dans les trains
Tenant leur maman et caressant leur ourson
Comment pouvaient-ils penser que c’était la fin
Que l’amer de certains les mènerait au Zyklon

Doit-on les absoudre, oublier et pardonner ?
Comme toutes ces collaboratrices horizontales
Jalousées par ces femmes qui ne furent visitées
Humiliées en public à la mort de Laval

Tout cela semble loin, comme dans un autre monde
On espère que les cauchemars ne reviennent jamais
Mais si un jour pas à pas revenait l’immonde
Sommes-nous sûrs que tout ça ne recommencerait ?

Christian Goutte