Y'en a encore


Ma tête s’est reposée sur le bord du carreau

Pendant que des quidams s’asseyaient encore
De mes lèvres s’échappaient en tous petits mots
Les prémices annoncées d’un doux rêve en or

Et la rame s’ébranla vers de belles campagnes
Comme d’autres se meuvent pour attraper l’océan
Mais qu’importe les écumes et les  lieux de cocagne
Les rapides nous emmènent à nos premiers printemps

Le béton disparaît et les maisons s’espacent
En laissant de la place à des jardins exquis
Où des nains amoureux s’amourachent et s’enlacent
Alors que des trains bondés filent vers le midi

Y’en a encore de jolis coins
Où les cieux gris se changent en bleu
Des coins de paradis matin
Où l’on a hâte d’être vieux


Ces riantes vallées tapissées de fleurs jaunes
Où giclent des rus d’onde pure à profusion
Parfois la langue blanche d’un glacier millénaire
S’aventure à toucher les tous premiers grisons

Les crêtes acérées s’enfuient vers les étoiles
Retrouver l’astre lune qui les éclaire parfois
Pour des dessins sans ombre couché sur une toile
Les croquis de gambades du tout premier chamois

D’improbables refuges dispersés dans les cols
Abondent en chaleur douce que la montagne retient
Et si l’on voit les vals, on voit aussi les envols
Des aigles majestueux et des vautours vauriens

Y’en a encore des prairies vertes
Où les lapins se multiplient
Et la première cerise offerte
Nous offre un goût d’infini

L’immensité des champs gorgés de blé doré
Côtoie des prés immenses ou galopent des chevaux
On peut sentir l’odeur d’une futaie châtaigner
Où s’est perdu bêlant, un minuscule agneau

On entend les oiseaux, les abeilles et les guêpes
Sans arrêt en labeur, dans les ruches, dans les nids
Butiner et piailler sur un énorme cèpe
Pendant que court au loin un petit furet gris

Un chevreuil apeuré attend caché sa mère
Sur un tapis de feuilles qui étouffe ses pas
Le mulot n’a pas vu le milan et ses serres
Vainqueur de ce combat et mourir dans ses bras

Y’en a encore de ces joyaux
De ces champs d’avoine ondulée
Où des bonhommes en vieux lambeaux
Amusent des oiseaux égarés

Les avions et les trains s’en vont bien au-delà
Là où les gueux pensaient que la terre s’arrêtait
Mais seules des dunes dorées, posées de-ci de-là
Rappellent aux anciens où le soleil se couchait

Des énormes rouleaux arrivent de l’horizon
Écumant de bave blanche, éclatant de violence
Et amenant avec eux les dauphines du Gabon
Qui colonisent aimantes, les jolies plages de France

On ramasse un coquillage, une étoile de mer
Inertes astéroïdes venues des profondeurs
L’océan se déchaîne dans un fracas bleu vert
Se retire et revient aux aléas des heures

Y’en a encore de ces merveilles
Et de ces îles éparpillées
Autour d’un phare qui les surveille
Et mendiantes pour l’éternité

Christian Goutte