Les moutons de Pau


A l’orée des mes 17 ans j’ai décidé sans trop savoir pourquoi de devancer l’appel et de faire mon temps d’armée dans les parachutistes.
Je fus vite convoqué par la grande muette pour faire mes « 3 jours », qui ne durent qu’une journée et demie en fait, à Tarascon.
Quelques temps plus tard, j’allais à la caserne Auvare de Nice pour l’instruction au sol. On faisait beaucoup de sport, on se levait à pas d’heure et on saluait les couleurs, tout était fait pour nous mettre dans l’ambiance….
Le jour J arriva et on embarqua sur le ferry direction Bastia pour rejoindre nos quartiers dans une sorte de caserne située à Borgo. Le premier saut eut lieu par un petit matin glacial de février 1976 à bord d’un Noratlas qui datait de la guerre d’Algérie.
Bizarrement j’eus plus peur lors du second saut que l’on fit dans la foulée que du premier. L’inconnu fait peur mais moins que le souvenir de quelque chose de précis. Mais bon, je fis mes quatre sauts au grand étonnement de mon père qui n’était pas peu fier de son rejeton.
Ma préparation parachutiste effectuée,  j’attendais mon appel sous les drapeaux. Il arriva assez vite, je reçus  l’avis qui m’invitait à me rendre à Mont-louis dans les Pyrénées-Orientales, ça serait donc la 76/06.
Je vous passe les marches commando de 8 kilomètres en treillis et casque lourd en moins d’une heure pour arriver au jour ou nous rejoignîmes la ville de Pau pour obtenir notre « plaque à vélo », superbe insigne qui  vous pose comme parachutiste confirmé aux yeux des autres simples soldats…..
Pour la petite histoire, le militaire lambda touchait 250 francs par moi alors que les paras en touchaient 650, non mais !
En ce jour de juillet 76 il faisait un cagnard pas possible et nous devions effectués deux sauts dans l’'apres-midi à bord d’un Transal kaki qui nous attendait à quelques kilomètres de « l’ETAP », l’école des troupes aéroportées de l’Armée française.
Un Transal emporte 90 soldats et leur barda dispatchés sur 4 câbles .Contrairement au Noratlas, les portes de l’avion se  ferment au décollage, je vous laisse imaginer l’ambiance entre l’envol et le saut….le noir, la chaleur et l’odeur de 90 appelés morts de trouille.
Enfin les portes s’ouvrirent sur le vide et je fus assez vite dehors, soulagé de ne pas avoir une voile blanche qui m’aurait obligé à payer le coup à toute la chambrée !
C’est là que je le vis. Un superbe troupeau de moutons qui me fit penser à la pub Woolmark de l’époque, le problème c’est que je descendais droit dessus ! Les moutons étaient habitués au bruit des avions et n’y prêtaient plus attention et broutaient tranquillement. J’eus beau crier de toutes mes forces je tombais pile dessus mais heureusement sans en toucher aucun.
Une voile de parachute mesure une quinzaine de mètres et avant de réintégrer les camions pour le second saut on doit la plier bien évidemment. Les moutons étaient partout sur ma voile et j’ai mis un bon quart d’heure avant de cavaler jusqu’au camion ou mon histoire fit bien rire mon adjudant !
Aujourd’hui j’en souris, mais sur le coup, en pleine chaleur sous un casque en fer, trempé de sueur en faisant attention aux autres soldats qui tombaient du ciel, j’en avais ras la casquette !

Christian Goutte